Ces bac+5 en bleu de travail

Ils s’appellent Jennifer, Marc, Amandine ou Jean-Baptiste et leurs parents leur prédisaient un bel avenir. Ingénieurs, thésards ou consultants, ils avaient toutes les cartes en mains pour s’assurer une place sous le soleil de l’entreprise. Sauf que le bonheur n’est pas toujours là où on l’attend, et que CDI, voiture de fonction, RTT et collègues de bureau ne riment pas forcément avec idéal de vie. En tout cas pas pour eux.

Eux, ce sont ces Bac+5 qui ont fait le choix de troquer la cravate et le tailleur pour une salopette et un marteau. Alors que leurs aïeux se sont battus pendant des années pour atteindre un niveau d’études suffisant leur permettant de s’asseoir sur les bancs de la fac, ces jeunes surdiplômés ressentent pour leur part le besoin de revenir à quelque chose de plus concret.

Dépassés par le « carriérisme » qu’on leur a vendu – sans tomber dans la caricature trop facile opposant les cols blancs aux cols bleus – ces nouveaux artisans cherchent à retrouver des valeurs humaines quasi inexistantes dans leur sphère professionnelle. Ils ont des convictions et entendent bien les suivre pour donner un sens à leur vie. Ce besoin d’autonomie et d’épanouissement pro et perso est d’ailleurs une des caractéristiques fortes de la fameuse Génération Y. Seulement, il y a ceux qui trouvent leur compte dans l’entreprise en « imposant » leur mode de fonctionnement, et ceux qui décident de faire le grand saut et d’endosser un bleu de travail.

Ebénistes, maçons, aides à domicile, couturières ou charpentiers sont autant de métiers plébiscités par ces « self-patrons ». Las d’élaborer des stratégies abstraites sur le long terme, ils ont surtout envie de créer quelque chose d’utile : « une thèse ne produit pas de concret. Or, produire quelque chose apporte une joie intense », raconte Jennifer, ex doctorante, fraîchement diplômée d’un CAP et d’un Bac Pro ébénisterie. Alors ils lâchent tout, reprennent des études et montent leur petit commerce (des fermes, des ateliers, des boutiques, des épiceries…). Passionnés, ils ne comptent pas leurs heures, qu’ils ne voient plus passer de toute façon.

A une époque où l’avenir économique est plus qu’incertain, les formations en boucherie ou en plomberie cartonnent. Car « tant qu’il y aura des hivers, il y aura des chauffagistes ». On ne peut pas en dire autant des fonctions supports ou des métiers dits intellectuels. Et pourtant, aujourd’hui 80% des jeunes ont accès aux études supérieures, censées être LA solution antichômage. Cependant, selon une étude de l’INSEE, 9% des ingénieurs de l’industrie ont choisi une fonction moins élevée dans l’échelle sociale entre 1998 et 2003, contre seulement 2% dans les années 80. Un chiffre certes encore faible, mais qui ne cessera d’augmenter, et qui participera sûrement à l’évolution des mentalités sur ces métiers manuels trop souvent controversés.

Source : Causette

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